Le Jordanien perce (DNA du 09.03.10)

9 mars 2010 - 09:40

Originaire de Jordanie, Riyad Al Roussan a délaissé les contrées de l'empire perse pour tenter l'aventure européenne. C'était en 2004, et aujourd'hui, il n'est toujours pas au bout de son odyssée.

 

 Entre les études et le travail, Riyad choisit le foot. Pour suivre l'exemple de son grand frère Hussan arrivé en France pour les études, le jeune homme de 24 ans a posé ses valises à Strasbourg le 29 août 2004. La date est ancrée en lui comme un souvenir d'enfance, ce qui est assez logique, quand on pense qu'il a commencé ici une nouvelle vie.
 « J'ai entamé des études de français et d'italien, à la faculté, jusqu'en deuxième année, raconte-t-il. Pour pouvoir me payer mon loyer, je travaille aussi dans un restaurant libanais, le Tarbouche. Mais cette année, je ne pouvais pas continuer à faire les deux, c'est trop prenant. Je préfère mettre de l'argent de côté pour reprendre mes études sérieusement, un peu plus tard ».

«Avec le foot, j'ai
trouvé un équilibre»

 Pour se vider la tête qu'il avait déjà bien remplie, Riyad Al Roussan s'est tourné vers le football, avec cette facilité particulièrement irritante pour ceux qui ne jouissent pas de son aisance naturelle.
 « J'ai commencé le foot chez moi en Jordanie à 14 ans. A 16 ans, je jouais en 2e division, mais j'ai préféré arrêter pour passer mon bac ».
 Mais une fois le sol français foulé pour la première fois, les rectangles verts ne lui résistent pas longtemps.
 « J'ai d'abord commencé par jouer une saison à Offenbourg, où jouait mon frère. Et puis je cherchais un club à Strasbourg, pour éviter le transport. Mon entraîneur m'a conseillé l'ASS ». Et malgré une brève incursion du côté de Mundolsheim la saison passée, c'est bien à la Rotonde qu'il se sent le plus à l'aise.
 « Au début, c'était très dur pour moi, se souvient-il. J'habitais chez mon frère, je ne parlais pas un mot de français. Mais avec le foot, j'ai trouvé un équilibre ».
 A l'entendre, difficile de croire qu'il a assimilé la langue de Molière en si peu de temps, mais il faut croire que son oreille est aussi naturellement douée que son pied. Depuis le début de saison, il a déjà planté 14 buts, sachant qu'il n'est arrivé que tardivement, après cinq journées de championnat.
 « J'ai toujours été attaquant. Je pense que je pourrais marquer plus de buts encore, pour aider l'équipe à monter. Honnêtement, on ne mérite pas de rester en D1 », estime-t-il.
 A seulement 24 ans, il fait pourtant partie des plus âgés de l'équipe. « C'est vrai que l'équipe est très jeune, mais moi, Fabio (De Luca) ou Anben (Vencatasamy), on essaie d'apporter notre expérience. Et puis j'espère encore me faire remarquer par la fédération jordanienne ».

Endosser le maillot
de l'équipe nationale

 En effet, il n'a pas encore fermé la porte à l'un de ses rêves, celui de faire du foot son métier. « Si je retournais maintenant en Jordanie, je pourrais jouer au plus haut niveau, mais ce que je voudrais surtout, c'est endosser le maillot de l'équipe nationale ».
 Et rejoindre ainsi son oncle au panthéon familial. « Il était capitaine de l'équipe de Jordanie en 1985. Aujourd'hui, il a encore de bons contacts avec le milieu professionnel là-bas, mais je n'ai pas encore fini ce que je voulais faire ici ».
 Décidé à achever son cycle d'études, il tente également d'attirer l'attention d'Amman. « J'essaie de contacter la fédération jordanienne depuis des mois, mais je n'y arrive pas. J'aimerais vraiment pouvoir disputer la Coupe d'Asie, qui a lieu au Qatar en 2011 », explique-t-il, aussi déterminé que désireux de se convaincre.
 La deuxième vie de Riyad n'est pas encore figée, et l'ASS pourrait bien être pour lui le berceau d'une nouvelle humanité.

 

Vincent Hahn

 

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